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Réponse à une carte blanche de Madame Erna Hennicot-Schoepges  Lady Rosa is back

 
 
 

If you could hear, at every jolt, the blood

Come gargling from the froth-corrupted lungs,

Obscene as cancer, bitter as the cud

Of vile, incurable sores on innocent tongues,—

My friend, you would not tell with such high zest

To children ardent for some desperate glory,

The old Lie: Dulce et decorum est

Pro patria mori.

Wilfred Owen, Dulce et Decorum est, 1917 [ici, ici & ici]

One extremely pissed-off old woman seethes at the pedestal: “How dare they write kitsch, kitsch, kitsch on a monument celebrating the heroes who fought for the fatherland! It’s scandalous! It’s scandal!”

Another, elderly man declares, “No democratic country in the world would have allowed a statue with such inscriptions.”This sounds old-fashioned, but he might be right.

Kimball, Whitney (2012), ‘Sanja Iveković at MoMA: That Backward Feminist From CroatiaArt Fag City.

 

Lettre d’outre-tombe…

Madame le Ministre,

J’ai lu avec consternation votre carte blanche consacrée à «Lady Rosa of Luxembourg». On aurait pu attendre de vous un plus grand sens de l’histoire et de l’État et plus de respect devant la souffrance et la mémoire.

Fiche de Jean-Pierre Krack, mort pour la France
© SGA – Mémoire des hommes

Mais je me présente d’abord ! Soldat de 1re classe Jean-Pierre Krack, matricule 42957, né à Bastendorf, Grand-Duché de Luxembourg, le 6 août 1890. Après l’invasion allemande le 2 août 1914, outré, je m’engage à Reims dans la Légion étrangère et en 1915 , je suis versé dans le premier régiment de marche de la Légion étrangère (RMLE); viennent ensuite d’interminables campagnes … : La Somme, Verdun, Auberive, le printemps 1918 avec le lancement de la Kaiserschlacht et enfin le 26 avril 1918, Villers-Bretonneux, le Bois de Hangard

L’attaque débuta au petit matin à 5.15 par un brouillard épais. En franchissant la route de Villers-Domart, nous sommes pris sous le feu nourri de mitrailleuses allemandes et c’est là, devant le Bois de Hangard, où moi et beaucoup de mes camardes sommes « tués à l’ennemi »… . « Morts pour la France. »

Quelques mois plus tard, le 11 novembre 1918, ce fut l’Armistice, la fin de cette immonde boucherie.

En Allemagne, en France…, le travail de mémoire commença, des musées – le Mémorial de Verdun, Péronne surtout –, des monuments, des livres, Le Feu (1916) de Henri Barbusse, Les croix de bois (1919) de Roland Dorgelès, A l’Ouest rien de nouveau (1929) de Erich Maria Remarque, le Voyage au bout de la nuit (1932) de Louis-Ferdinand Céline, des études historiques, plus tard des films, tel ce merveilleux Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet tiré du magnifique roman éponyme de Sébastien Japrisot… .

La charge de la cavalerie tirée du film Cheval de Guerre (War Horse)

Au Luxembourg, on mit plus de temps. Le pays avait bien d’autres problèmes et puis nous, les légionnaires, nous étions un cas à part, nous n’avions pas été neutres, nous n’avions pas collaboré, nous nous étions engagés…

Et puis en 1923, enfin, on érigea un monument, une statue, la Gëlle Fra. J’étais content, un peu fier, on ne nous avait pas oubliés, on nous ménageait, à contrecœur peut-être, avec des arrière-pensées certainement, une petite place dans l’histoire et la mémoire collective du pays.

https://i0.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/5d/G%C3%ABlle_Fra_War_Memorial_Luxembourg_01.jpg

Le Monument du souvenir appelé  Gëlle Fra

Après les solennités de l’inauguration  [cf. également ici ], on nous oublia vite, le parti de droite, les « tala », ne nous aimaient guère et conspuaient la statue et puis les temps étaient durs, la crise économique, le nazisme et en 1940 les « boches » remirent cela, le pays est envahi, le monument déboulonné par les nazis, la guerre, des morts de nouveau… .

L’Histoire repart en 1981 : on retrouve la Gëlle Fra… sous les gradins d’un stade de football, on rétablit le monument, et en 2001 on lance un nouveau projet, une deuxième statue à côté de la nôtre, Lady Rosa of Luxembourg créée par l’artiste Sanja Ivekovic [et ici].

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Lady Rosa of Luxembourg au Museum of Modern Art NY, Sweet Violence 18 XII 2011- 26 III 2012 © Don Shewey

Au début, j’applaudis au projet. Et pourquoi pas ? Ce monument avait besoin d’une mise en perspective, la Gëlle Fra elle-même représentait une conception glorieuse de la guerre – dulce et decorum est pro patria mori, – qui correspondait si peu à la réalité des combats et qui en 1914 avait lancé la jeunesse européenne dans l’enfer des tranchées … la fleur au fusil.

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Le socle de Lady Rosa of Luxembourg. © Noel Y. C.

Mais le résultat me déçut, je ne comprenais pas, nous ne comprenions pas, beaucoup de Luxembourgeois ne comprenaient pas.

Et comme mes compatriotes étaient décidément une horde de ploucs arriérés, l’artiste et sa cour de critiques d’art et de politiques entreprirent de nous initier aux subtilités de l’art moderne et nous firent la leçon : pardi ! vous ne voyez donc pas ! cette statue illustre le sort fait aux femmes dans les sociétés patriarcales, la maltraitance à laquelle elles sont soumises …

La logorrhée indigeste des « experts » ne fit qu’embrouiller la situation. Certes, l’émancipation des femmes, le combat pour leur égalité, la condamnation vigoureuse des violences faites aux femmes sont des causes nobles.

Mais à mon humble avis, ce n’est simplement pas le sujet. La Gëlle Fra, notamment le socle, parle d’abord de mort, de souffrances, de deuil, d’une barbarie innommable qui pendant quatre ans a broyé une partie de la jeunesse luxembourgeoise. Le monument atteste nos souffrances, reconnaît notre sacrifice et l’inscrit dans la mémoire du pays, cette mémoire sans laquelle il ne peut y avoir de société civilisée.

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D’Gëlle Fra et Lady Rosa of Luxembourg. © Christian Mosar

Le dialogue artificiel et forcé qu’une artiste manifestement dépassée par son sujet, plus à l’aise dans une certaine provocation «potache» que dans la réflexion et la traduction plastique d’une pensée structurée, a voulu nouer à la hâte entre l’ancienne et la nouvelle statue, non seulement se moque de notre indicible souffrance et du deuil des nôtres, mais ravale le monument, effaçant ainsi la mémoire et niant le sacrifice et les valeurs qui le fondent …

Et c’est pourquoi, Madame le Ministre, depuis le début de cette malencontreuse affaire, je ne cesse de me demander pourquoi j’ai sacrifié ma jeunesse par un matin brumeux d’avril 1918 sur une route perdue de la Somme … .

Post-scriptum 

L’histoire du soldat Jean-Pierre Krack qui a combattu dans les rangs de la Légion étrangère a été reconstituée à partir de documents d’archives de l’Armée française. Nous avons pris la décision d’écrire cette lettre fictive après avoir parcouru la liste longue, trop longue, de ceux qui sont tombés 26 avril 1918 dans les combats autour de Villers-Bretonneux.

Les liens ajoutés au texte visent à le situer dans le cadre plus large de l’histoire de la 1re Guerre Mondiale et de l’histoire du grand-duché.

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Monument aux morts pacifiste d’Ouveillan (Aude) de René Iché composé de 3 parties: en haut des soldats, anonymes, au combat, au milieu la liste des victimes et en bas, une femme effondrée pleurant les morts.

Bientôt, on célébrera le centenaire du début de la Première Guerre mondiale. Il serait bien de commémorer avec dignité et intelligence le sacrifice des quelque 3000 soldats d’origine luxembourgeoise morts sur les différents théâtres d’opérations.

Malheureusement, le passage consacré au Luxembourg dans le rapport au Président de la République Commémorer la Grande Guerre (2014-2020) : propositions pour un centenaire international rédigé par Joseph Zimet ne présage rien de bon :

« Envahi par l’Allemagne le 2 août 1914, le Luxembourg a vécu durant quatre années sous un régime d’occupation, sans être annexé. Sous la conduite de la Grande-Duchesse Marie-Adélaïde, le pays restera cantonné dans une stricte neutralité durant tout le conflit. Cette, attitude conduira les Alliés à provoquer le remplacement de la Grande-Duchesse, en janvier 1919, par sa soeur la Grande-Duchesse Charlotte. Ces événements pourraient expliquer que le Luxembourg ne prévoie pas, pour le moment, d’actions commémoratives spécifiques pour le centenaire de la Première Guerre mondiale, à l’exception d’un projet de plaque commémorative que des associations d’anciens combattants souhaiteraient voir apposée aux Invalides, en souvenir des combattants volontaires luxembourgeois engagés dans les armées françaises, dans la Légion étrangère notamment. »

Indications bibliographiques

Anonyme (2011), ‘Pädagogisches Dossier. Exposition d’Gëlle Fra 11.12.2010-23.01.11 Käerjeng’.

Audoin-Rouzeau, Stéphane, Jean-Jacques Becker (2004), Encyclopédie de la Grande Guerre : 1914 – 1918 ; Histoire et culture (Paris: Bayard) 1342 p.

Cochet, François & Porte, Rémy (2008), Dictionnaire de la Grande Guerre : 1914-1918 (Bouquins; Paris: R. Laffont) Xl, 1120 p.

Foos, Alphonse (1934), Das Erlebnis des Weltkrieges in der luxemburgischen Dichtung (Luxembourg: Bourg-Bourger).

Guyot, Philippe (2011), ‘D’un régiment de marche de la Légion étrangère (RMLE) à l’autre, répétition ou évolution de l’histoire? ‘, Revue historique des armées, 265, 24-34.

Iveković, Sanja (2011), ‘Statement on the  project «Lady Rosa of Luxembourg» (March 2001)‘. Consulté le 20 VII 2011.

Loez, André (2010), La Grande Guerre (Paris: La Découverte).

Lunghi, Enrico (2011), ‘Since History is Always Written by Men‘. Consulté le 20 VII 2012.

Majerus, Benoît (2008), ‘ D’Gëlle Fra’, in Sonja Kmec, Michel Margue, Benoît Majerus, (éd.), Lieux de mémoire au Luxembourg (Luxembourg: Saint Paul), 291-96.

Trausch, Gilbert (2005), ‘La stratégie du faible. Le Luxembourg pendant la Première guerre mondiale‘, in Gilbert Trausch (éd.), Le rôle et la place des petits pays en Europe au XXe siècle. Small Countries in Europe. Their Role and Place in the XXth Century (Baden-Baden / Bruxelles: Nomos Verlag / Bruylant), 45-176.

— (2006), ‘La Première Guerre mondiale, heure de vérité pour la neutralité luxembourgeoise‘, Forum, 2006, 29-35.

 Fecit  JR A. D. VIII 2013

Une version papier de ce billet a été publiée dans la revue Nos Cahiers I 2013, pp. 85-91.

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Réflexions critiques sur  Inventing Luxembourg. Representations of the Past, Space and Language from the Nineteenth to the Twenty-First Century


  • Between the wars the existence of Luxemburg and Liechtenstein remained a slight embarrassment, however welcome these polities were to philatelists.

(Hobsbawm, Eric John. Nations and nationalism since 1780 : programme, myth, reality. 2. ed. Cambridge [u.a.]: CUP, 1992, 32 )

  • Tiberii Gaique et Claudii ac Neronis res florentibus ipsis ob metum falsae, postquam occiderant, recentibus odiis compositae sunt. Inde consilium mihi pauca de Augusto et extrema tradere, mox Tiberii principatum et cetera, sine ira et studio, quorum causas procul habeo.

(Tacite, Annales I, 2-3 )

 

1. La déconstruction du roman national

« Notre pays n’a pas toujours constitué un État comme aujourd’hui. Les premières traces de son existence politique remontent à l’an 963 apr. J.-C. . Gouverné pendant près de cinq siècles par des dynastes indigènes, comtes et ducs de Luxembourg, il a été victime, ensuite, des luttes internationales et des combinaisons de la diplomatie. Soumis à des dominations étrangères pendant près de quatre cents ans, ce n’est qu’en 1815 qu’il a retrouvé son indépendance, d’abord limitée, qu’il n’a cessé de consolider depuis. » (Herchen 1969, 9).

 
 
 
 
 
«Mir wölle bleiwe wat mir sin» (Nous voulons rester ce que nous sommes): inscription sur l’encorbellement d’une maison au Marché-aux-Poissons à Luxembourg-Ville. Il s’agit du refrain provenant du premier hymne national De Feierwon, composé en 1859 par Michel Lentz. Il évoque l’attachement des Luxembourgeois à leur terre et leur volonté de rester indépendants, surtout après les maintes dominations étrangères. © SIP
La légende du SIP reprend un des thèmes majeurs de l’historiographie traditionnelle luxembourgeoise, les dominations étrangères.

 

Tous ceux qui se sont penchés sur le passé du Luxembourg connaissent l’histoire résumée par ces quelques lignes ouvrant l’indéboulonnable Manuel d’Histoire Nationale d’Arthur Herchen publié pour la première fois en 1918.

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Elles cristallisent les lignes de force d’une historiographie engagée dans un processus de construction d’une nation luxembourgeoise. C’est d’abord ce roman national, (Thiesse 2001, 133), cette master narrative (Péporté & alii 2010, 3-9), que quatre historiens de l’Université du Luxembourg, Pit Péporté, Sonja Kmec, Benoît Majerus et Michel Margue essaient de décrire et de déconstruire dans leur ouvrage intitulé Inventing Luxembourg. Representations of the Past, Space and Language from the Nineteenth to the Twenty-First Century, paru en 2010 chez Brill, Leiden/Boston. [cr. Franz 2010; Hilgert 2010; Thomas 2010; Wagener 2010]

La linguistique étant notre domaine d’expertise, l’article portera essentiellement sur la troisième partie de l’étude (pp. 228-335) consacrée à la construction du luxembourgeois comme langue nationale. Nous pensons toutefois que nos remarques pourront s’appliquer également, mutatis mutandis, aux deux premières parties traitant du Temps – Narrating the Past (pp. 21-128) – et de l’Espace – Drawing the Boundaries (pp. 129-225).

Dans la conclusion, nous tenterons entre autres de jeter un premier regard personnel et critique sur l’ouvrage considéré dans son ensemble.

Pages : 1 2 3 4

Ce billet publié sur notre blogue CharlesElie’s Blog est un compte rendu de l’ouvrage publié par Claudine Moulin, professeur d’ancien allemand à l’Université de Trèves:

Claudine Moulin (Hg.) 2009. Bruder Hermann von Veldenz, Leben der Gräfin Yolanda von Vianden. Textgetreue Edition des Codex Mariendalensis (Bibliothèque Nationale, Luxembourg, Ms. 860). Beiträge zur luxemburgischen Sprach- und Volkskunde XXXVI; Sonderforschungsreihe Language and Culture in Medieval Luxembourg 5. Luxembourg.

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Extrait du Codex Mariendalensis BnL ms. 860 fol. 2r [source]

« Le Codex Mariendalensis, acquis à grands frais par l’État, est un des rares textes littéraires qui nous soit parvenu du Moyen-Age luxembourgeois. L’édition qu’en a faite Claudine Moulin, une esquisse soignée et consciencieuse plutôt qu’un ouvrage fini, reste en deçà de l’importance linguistico-culturelle du poème de Hermann de Veldenz. … « 

Pour lire la suite du compte rendu 

… l’on prendra garde à refuser la tentation, toujours latente… du fac-similé. Sous le désir affiché, et sincère, de ne pas réduire, de livrer à profusion ce que l’on croit la vérité immanente de l’objet, la tentation fac-similaire, démission de la pensée, se livre à la machine en une illusion désespérante. Cerquiglini, Bernard. 1989. Éloge de la variante. Histoire critique de la philologie. Paris : Éditions du Seuil, 43.

L’édition critique constitue, en effet, un apport scientifique crucial, le lien nécessaire entre notre histoire et l’avenir de notre culture : le philologue est conscient que de ses travaux va dépendre la manière dont on percevra le passé, dont on enseignera l’histoire, dont on percevra les œuvres et les auteurs. Il joue ainsi un rôle essentiel dans la construction de notre identité culturelle. Antony Mckenna, Projet Editions critiques

Yolande de Vianden

À la fin du XIIIe siècle, le Frère Hermann de Veldenz (*1250 – † 1308 c.) –  [item ici] –  avait relaté la vie de la comtesse Yolande de Vianden dans un poème hagiographique de 6000 vers environ.

Yolande (1231-1283), une jeune fille issue de l’illustre famille des comtes de Vianden désirant consacrer sa vie à Dieu s’oppose avec force et ténacité à ses parents et après une lutte acharnée finira par triompher : elle entre au couvent de Marienthal dont elle deviendra la mère-prieure.

Le Codex Mariendalensis

Le texte du frère Hermann a été conservé dans un manuscrit du premier quart du XIVe siècle (Codex Mariendalensis = ms. M = BnL ms. 860; cf. item ici) redécouvert en novembre 1999 [item ici] par le linguiste Guy Berg dans la bibliothèque de l’ancien château des comtes d’Ansembourg; en 1655, le grand historien jésuite Alexandre Wiltheim (*1604 – †1684) avait établi une transcription (ms. W) de ce manuscrit, perdue aujourd’hui.

C'est dans ce bâtiment du vieux Château d'Ansembourg qu'on a retrouvé le Codex Mariendalensis

Jusqu’à présent, nous disposions de deux éditions scientifiques du texte de Hermann de Veldenz fondées sur la transcription réalisée par Alexandre Wiltheim :

  • Pfeiffer, Franz. 1866. Altdeutsches Übungsbuch zum Gebrauch an Hochschulen. Wien: s. n. (extraits): 103-113;
  • Meier, John. 1889. Bruder Hermanns Leben der Gräfin Jolande von Vianden. Breslau: s. n.

Le texte de John Meier a été repris dans deux autres éditions pourvues également de traductions :

  • Grégoire, Pierre 1979: Das « Yolanda-Epos »: Bruder Hermanns Dichtung im Urtext mit einer metrischen Übersetzung und einer historisch-literarhistorischen Einführung von Pierre Gregoire; Federzeichnungen von Edmond Goergen. Luxemburg:Verlag « de Frëndeskrees ».

  • Gerald Newton, et Franz Lösel. 1999. Yolanda von Vianden : moselfränkischer Text aus dem späten 13. Jahrhundert mit Übertragung. Luxembourg: Institut grand-ducal, Section de linguistique, d’ethnologie et d’onomastique.

Extrait du Codex Mariendalensis BnL ms. 860 fol. 2r

L’édition de Pfeiffer respecte dans l’ensemble le texte de la transcription de Wiltheim, mais ne donne que 600 vers ;  l’édition complète et commentée de Meier intervient par trop sur le texte de Wiltheim de telle sorte que nous n’avions pas jusqu’à présent d’édition complète et fiable de la vie de Yolande. Une édition scientifique moderne de ce texte essentiel de l’histoire linguistique, culturelle et religieuse du Luxembourg et des régions limitrophes s’imposait donc d’autant plus qu’on disposait maintenant d’un manuscrit du XIVe siècle, le Codex Mariendalensis :

Eine neue Ausgabe ist nach dem Auffinden des Marienthaler Codex ein Desiderat nicht mehr nur unter historischen und sprachgeschichtlichen Aspekten, wie das John Meier gesehen hat, sondern auch unter literaturgeschichtlichen Aspekten. Wie die jüngsten Arbeiten von Angela Mielke-Vandenhouten, Catherine Hollerich und Michèle Backes gezeigt haben, ist die Dichtung Bruder Hermanns ein kultur- und sozialgeschichtliches Dokument ersten Ranges … . (Gärtner 2001 : 48)

Textgetreue Edition des Codex Mariendalensis:

Claudine Moulin (Hg.) 2009. Bruder Hermann von Veldenz, Leben der Gräfin Yolanda von Vianden. Textgetreue Edition des Codex Mariendalensis (Bibliothèque Nationale, Luxembourg, Ms. 860). Beiträge zur luxemburgischen Sprach- und Volkskunde XXXVI; Sonderforschungsreihe Language and Culture in Medieval Luxembourg 5. Luxembourg. [cr. Hilgert 2010 et Rapp 2010]

Tout cela explique que la nouvelle édition de la Vie de la comtesse Yolande annoncée en 2000 par Claudine Moulin, professeur d’ancien allemand à l’université de Trèves, était très attendue par le monde scientifique et le public intéressé en général.

C’est donc avec grand intérêt que nous nous sommes plongé dans l’édition publiée en 2009 par le professeur Moulin et c’est avec un désappointement non moins grand que nous avons fermé le beau volume publié par la section linguistique de l’Institut grand-ducal.

Le travail s’ouvre par une préface rédigée par le linguiste Guy Berg suivie d’une brève introduction de l’éditrice – Einleitung zur handschriftennahen Edition des Codex Mariendalensis pp. 11-15 – qui est  fondée sur un article paru en 2000 et qui fournit quelques indications sur l’histoire du texte, sur le Codex Mariendalensis lui-même et sur les principes suivis dans l’édition du texte ; le corps du volume est évidemment constitué par une édition diplomatique, très soignée et consciencieuse, de la Vie de la comtesse Yolande, pp. 19 – 281 ; en appendice pp. 283 – 292, on pourra consulter le texte des vers manquant dans le ms. M reproduit d’après l’édition de John Meier (1889) ; un relevé des ouvrages cités pp. 293 – 294 clôt le volume.

Vor erstem i steht ein kleiner Tintenfleck

Ce sont essentiellement les principes d’édition suivis par Claudine Moulin qui posent problème. L’éditrice a opté pour une édition diplomatique stricto sensu, une sorte de photocopie du manuscrit :

Die Edition erfolgt so nahe wie möglich handschriftengetreu, ohne Eingriffe, Normalisierungen oder Vereinheitlichungen … . Diese diplomatische Textwiedergabe dokumentiert unter anderem die Verteilung von u/v, U/V, v/w usw. sowie die verschiedenen s-Graphien, die originale Interpunktion mit Setzung des mittelhohen Punktes …, die Getrennt- und Zusammenschreibung, die Setzung von Diakritika, die Abkürzungspraxis und den Majuskelgebrauch. (Moulin 2009 : 14)

Cela amène l’éditrice à reproduire la pagination du ms., une initiative intéressante somme toute, mais aussi, par respect pour le texte transmis, à présenter parfois un texte incompréhensible, absurde, ou à encombrer l’apparat critique de remarques superflues

p. 30 : brehten] davor kleiner Riss im Pergament, kein Textverlust ;

p. 40 : ierich] vor erstem i steht ein kleiner Tintenfleck

et à renoncer à tout apparat explicatif – traduction en allemand moderne, commentaires linguistique et littéraire -.

Pourquoi en effet conserver dans le texte même des lapsus calami manifestes, pourquoi ne pas résoudre des abréviations banales et produire ainsi un charabia incompréhensible :

404 Sẙ hat hẙr valwẽ hares lok // 405 Bewnuden wol bẙt golde

au lieu de

Sẙ hat hẙr valwen hares lok // Bewunden wol bẙt golde

Les boucles de sa blonde chevelure // elle doit les avoir entrelacées de fils d’or

avec dans l’apparat un renvoi à la forme fausse du ms.

Bewunden] ego : Bewnuden ms.

L’éditeur d’un texte ancien doit rendre son texte de nouveau lisible et compréhensible pour un lecteur moderne. Cela implique évidemment des choix au niveau du texte même sans qu’on le réécrive pour autant, la méthode lachmanienne étant aujourd’hui dépassée, et cela exige aussi la confection d’un paratexte sous forme d’une traduction et de commentaires, de gloses, linguistiques et littéraires. Comparée à ces standards, l’édition de Claudine Moulin nous apparaît, pour paraphraser une formule célèbre de Barthes, comme le degré zéro de l’ecdotique.

Si maintenant l’éditeur cherche à aller au-delà de la présentation du texte du ms., s’il veut par exemple pour des raisons esthétiques, codicologiques ou philologiques donner à voir le manuscrit même au lecteur, il peut le faire aujourd’hui en recourant à l’informatique qui permet de mettre sur le W3 de bonnes reproductions accompagnées d’une transcription. L’édition de la Cantilène de Sainte Eulalie sur le site de la bibliothèque municipale de Valenciennes en est une parfaite illustration. Dans le cadre du projet Codex Sinaiticus, à orientation plus scientifique, les chercheurs ont mis en ligne de remarquables reproductions d’un très ancien manuscrit du Nouveau Testament accompagnées d’une transcription

Certes d’après le préfacier de l’édition, ce volume ne constituerait que le premier d’une série de trois, le 2e donnant une concordance complète du texte, le 3e présentant une édition accompagnée d’une traduction en allemand moderne. Voilà un programme intéressant qui au rythme de publication pris par le projet risque de se terminer aux calendes grecques : le premier volume a mis neuf ans à paraître… .

Pour une refonte du projet d’édition du Codex Mariendalensis

Au vu de ces problèmes, nous estimons qu’il faudrait revoir l’architecture du projet en distinguant d’abord ce qui peut être publié électroniquement de ce qui doit paraître en version papier. Il est par exemple parfaitement inutile de publier une concordance en version papier, les concordanciers modernes permettant de réaliser rapidement et facilement une concordance d’un texte consultable en ligne.

Dans le cadre d’un nouveau projet, il s’agirait d’abord de mettre en ligne une reproduction du manuscrit accompagnée d’une transcription. L’édition révisée de Claudine Moulin pourrait servir de base à cette transcription. Il faudrait ensuite s’atteler à une editio maior qui réponde aux exigences philologiques unanimement reconnues par la communauté scientifique : édition critique du texte, traduction, commentaires grammatical et littéraire et lexique.

Le Codex Mariendalensis, acquis à grands frais par l’État, est un des rares textes littéraires qui nous soit parvenu du Moyen-Age luxembourgeois. L’édition qu’en a faite Claudine Moulin,  une esquisse soignée et consciencieuse plutôt qu’un ouvrage fini, reste en deçà de l’importance linguistico-culturelle du poème de Hermann de Veldenz.

Fecit Joseph Reisdoerfer A. D. 2010


Biblio- et Sitographie :

Yolanda von Vianden. 2010. Universität Trier [consulté le 25 VI 2010]. Accessible à partir de : http://gaer27.uni-trier.de/CLL/Yolanda/Yvorspann.htm.

Marburger Repertorium : Deutschsprachige Handschriften des 13. und 14. Jahrhunderts. 2010. Philipps-Universität Marburg [consulté le 25 VI 2010]. Accessible à partir de : http://www.mr1314.de/.

Atten, Alain. 2000. ‘Bruder Hermann’ und die ‘Iolant’. Bulletin linguistique et ethnologique 30 : 27-34.

Berg, Guy. 2000. Der Codex Mariendalensis. Zur Wiederauffindung, Erschließung und Edition einer hochmittelalterlichen Handschrift aus dem Raume Luxemburg. Bulletin linguistique et ethnologique 30 : 7-26.

Berg, Guy, &  Institut grand-ducal de Luxembourg. Section de linguistique d’ethnologie et d’onomastique. 2001. Man môhte schrîven wal ein bůch : Ergebnisse des Yolanda-Kolloquiums, 26.-27. November 1999, Luxemburg, Vianden und Ansemburg. Sonderforschungsreihe Language and Culture in Medieval Luxembourg = LaCuMel 3. Luxembourg: Institut Grand-Ducal, Section de Linguistique, d’Ethnologie et d’Onomastique.

Cerquiglini, Bernard. 1989. Éloge de la variante. Histoire critique de la philologie. Paris : Éditions du Seuil.

Christmann, Ruth. 2001. Untersuchungen zur Sprachgeschichte Luxemburgs: Bruder Hermanns « Yolanda von Vianden ». In Man mohte schrîven wal ein bůch. Ergebnisse des Yolanda-Kolloquiums 26.-27. November 1999 Luxemburg, Vianden, Ansemburg. LaCuMel 3. Édité par G. Berg. Luxemburg : Institut Grand-ducal, Section de Linguistique, d’Ethnologie et d’Onomastique, 26-38.

Gärtner, Kurt. 2001. Bruder Hermanns « Leben der Gräfin von Vianden »: Überlieferung und Edition. In Man mohte schrîven wal ein bůch. Ergebnisse des Yolanda-Kolloquiums 26.-27. November 1999 Luxemburg, Vianden, Ansemburg. LaCuMel 3. Édité par G. Berg. Luxemburg : Institut Grand-ducal, Section de Linguistique, d’Ethnologie et d’Onomastique, 39-51.

Grégoire, Pierre 1979 : Das « Yolanda-Epos » : Bruder Hermanns Dichtung im Urtext  mit einer metrischen Übersetzung und einer historisch-literarhistorischen Einführung von Pierre Grégoire; Federzeichnungen von Edmond Goergen. –  Luxemburg : Verlag « de Frëndeskrees ».

Hermann, Gerald Newton, et Franz Lösel. 1999. Yolanda von Vianden : moselfränkischer Text aus dem späten 13. Jahrhundert mit Übertragung. LaCuMel 1. Luxemburg : Institut grand-ducal, Section de linguistique, d’ethnologie et d’onomastique.

Hilgert, Romain. 1999. Zwei Kilometer in 700 Jahren. Worin über die schlimme Geschichte und die wundersame Wiederentdeckung des einzigartigen Codex Mariendalensis spekuliert wird. D’Lëtzebuerger Land, 26 XI 1999. En ligne : http://www.land.lu/index.php/archive/items/22150.html.

Hilgert, Romain. 2010. Yolanda (VO). D’Lëtzebuerger Land, 12 II 2010. En ligne : http://www.land.lu/index.php/archive/items/yolanda-40vo41.html?page=1.

Jungandreas, Wolfgang. 1981. Bruder Hermann I. In Die deutsche Literatur des Mittelalters. Verfasserlexikon, édité par W. Stammler, K. Langosch et B. Wachinger. Berlin/New York : Walter de Gruyter, 3, 1049-1051.

Lorgé, Marie-Anne. 2009. La Chanson de Yolande. Le Jeudi 5 III 2009. En ligne: http://www.lejeudi.lu/index.php/Culture/1407.html.

Meier, John. 1889. Bruder Hermanns Leben der Gräfin Jolande von Vianden. Breslau : s. n.

Moulin, Claudine. 2000. Bruder Hermanns ‘Yolanda von Vianden’. Zur Erschließung und textgetreuen Edition des neuaufgefundenen Codex Mariendalensis. Bulletin linguistique et ethnologique 30 : 39-45.

Moulin Claudine (Hg.) 2009. Bruder Hermann von Veldenz, Leben der Gräfin Yolanda von Vianden. Textgetreue Edition des Codex Mariendalensis (Bibliothèque Nationale, Luxembourg, Ms. 860). Beiträge zur luxemburgischen Sprach- und Volkskunde XXXVI; LaCuMel 5. Luxembourg.

Pfeiffer, Franz. 1866. Altdeutsches Übungsbuch zum Gebrauch an Hochschulen. Wien : s. n. . En ligne : http://books.google.lu/books?id=yd06AAAAcAAJ&ots=pVwI4D6tG2&dq=Altdeutsches%20%C3%9Cbungsbuch%20zum%20Gebrauch%20an%20Hochschulen&hl=fr&pg=PA103#v=onepage&q&f=false.

Rapp, Andrea. 1999. « Eine wissenschaftliche Sensation ». Die Marienthaler Handschrift von Bruder Hermanns Yolanda-Vita wiedergefunden. Forum für Politik, Gesellschaft und Kultur in Luxemburg, 196 XII 1999, 51-52. En ligne : http://www.forum.lu/pdf/artikel/4350_196_Rapp.pdf.

Rapp, Andrea. 2010. Der Codex Mariendalensis und die Sprachengeschichte Luxemburgs. Forum für Politik, Gesellschaft und Kultur in Luxemburg, 294 III 2010, 53-55.

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Les thèses de F. Fehlen

Dans cet article publié dans le mensuel forum Nr 294, III 2010 pp. 6-11, l’auteur propose d’un côté une analyse critique de la réforme de l’enseignement des langues et des réactions des professionnels du secteur éducatif aux projets du ministère, de l’autre des suggestions pour modifier l’enseignement du français et du luxembourgeois.

Pour ce qui est du français, F. Fehlen insiste d’abord sur les problèmes que rencontre actuellement l’enseignement de cette langue pour faire ensuite un plaidoyer en faveur d’une approche EMILE (enseignement d’une matière intégré à une langue étrangère/CLIL : Content and Language Integrated Learning) qui d’après les textes réglementaires en vigueur devrait de toute façon être appliquée dans l’enseignement luxembourgeois.

Les remarques sur la place du luxembourgeois dans l’enseignement nous paraissent toutefois plus novatrices.

L’auteur relève d’abord que le luxembourgeois est devenu la langue d’intégration et le vecteur de promotion sociale des enfants issus de l’immigration (Fehlen 2010 : 7a). Il constate ensuite que le luxembourgeois est frappé d’un interdit implicite tant à l’école fondamentale que dans l’enseignement secondaire, interdit qui représente un héritage du XIXe et du début du XXe siècle où le luxembourgeois était considéré comme un patois de l’allemand (Fehlen 2010 : 8b) indigne partant des honneurs de l’enseignement. Cette dénégation du luxembourgeois continuerait d’ailleurs dans les différents textes publiés dans le cadre du PAL, le plan d’action langues, lancé par le gouvernement luxembourgeois (Fehlen 2010 : 8b-9a). Or cette mise à écart du luxembourgeois défavoriserait à la fois les élèves luxembourgophones privés de l’enseignement de leur langue maternelle et les élèves allophones obligés d’assimiler le luxembourgeois sur le tas qui en plus, à cause de l’acquisition implicite, interférera d’autant plus facilement avec l’allemand (Fehlen 2010 : 9b).

Pour trouver une solution à ces problèmes, F. Fehlen propose ni plus ni moins de faire du luxembourgeois la langue d’alphabétisation : «Pour éradiquer la situation de double-bind néfaste d’une école qui minore sa principale langue de communication, il faudrait officialiser la présence de la langue luxembourgeoise dans le système scolaire et, à terme, en faire la langue d’alphabétisation… » (Fehlen 2010 : 9b).

Analyse critique

À première vue, la proposition ne manque pas d’intérêt.

Elle s’inscrit évidemment dans la logique d’élaboration – Sprachausbau et [ici]– de la langue luxembourgeoise qui par cette mesure s’avancerait d’un cran vers une langue au sens plein du terme; elle mettrait également fin à une organisation scolaire absurde qui alphabétise les enfants en allemand, une langue qui n’est ni leur langue maternelle – le luxembourgeois, une langue romane, le serbo-croate… – ni la langue de la citoyenneté – le français – ni la langue de communication orale habituelle – le luxembourgeois -.

Une analyse plus approfondie toutefois fera vite apparaître un certain nombre de problèmes majeurs.

Les uns sont d’ordre pédagogique :

  • les enseignants ne sont nullement préparés à cette tâche;
  • les moyens pédagogiques – abécédaires, grammaires scolaires, dictionnaires scolaires uni- et bilingues … – font dans une large mesure défaut parce qu’en amont de grands projets de recherches linguistiques n’ont pas été lancés;

  • enfin, l’enseignement de l’orthographe luxembourgeoise, fondée sur le système allemand, mais présupposant aussi une connaissance du système français, placera enseignants et élèves devant un grand défi.

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Abécédaire allemand 1830


D’autres problèmes, plus fondamentaux, sont d’ordre sociolinguistique.

Ainsi, le luxembourgeois n’étant que partiellement normé, il faudra entre autres déterminer quelle variante de la langue nationale on enseignera : le luxembourgeois du sud, du centre, du nord… ;

Ensuite, et on touche l’essentiel du problème, avant de se lancer dans cette réforme majeure, il faudra bien être conscient de la place du luxembourgeois dans les systèmes des langues du pays et des langues avoisinantes.

Dans la grande région, le luxembourgeois a beau jouir d’une certaine estime parce que sa maîtrise aide à trouver un emploi bien rémunéré au grand-duché, sa valeur communicative en dehors des frontières du pays est inexistante; au Luxembourg même, le luxembourgeois, la langue de la communication orale entre autochtones et la langue de l’écrit familier et électronique, doit se mesurer aux deux autres langues du pays qui occupent des domaines essentiels: le français est à l’oral la lingua franca, la langue de communication entre autochtones et étrangers, et à l’écrit la langue de la citoyenneté alors que l’allemand reste à l’écrit, et dans une certaine mesure à l’oral (télévision, radio), la langue du savoir, de l’information et de la lecture.

Face à l’importance de ces deux grandes langues, notamment au niveau de l’écrit, est-il raisonnable d’imposer aux élèves grand-ducaux d’abord une alphabétisation en luxembourgeois suivie d’une étude intensive de la langue, apprentissage qu’il faudra nécessairement compléter par un enseignement intensif de l’allemand et du français ? La réponse me semble aller de soi… .

Enfin, si on s’engage dans la voie de l’alphabétisation en luxembourgeois, il me paraît évident que cela implique la mise en place d’un cursus de luxembourgeois jusqu’à la fin de la scolarité du secondaire. Or il ne faut jamais perdre de vue que le luxembourgeois est une langue en devenir, en construction qui ne peut pas du jour au lendemain assurer toutes les fonctions d’une grande langue de culture comme le français ou l’allemand. Les limites du luxembourgeois apparaîtraient vite, et cruellement, dans le domaine si important de l’enseignement de la littérature : malgré les progrès énormes faits au courant des dernières décennies, la langue ne possède pas un fonds de textes littéraires assez riche pour alimenter un enseignement de la littérature si soutenu.

 

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Hannert dem Atlantik de Guy Rewenig publié en 1984 fonde le roman luxembourgeois.

Pour résumer, en organisant une alphabétisation en luxembourgeois, on demandera trop à la fois à la langue et aux élèves et la conséquence inévitable sera de la part des élèves le refus d’une matière jugée superfétatoire et au contenu évanescent. Ainsi, au lieu de promouvoir la langue luxembourgeoise on l’abaissera.

 Propositions

Cela ne signifie toutefois nullement qu’il faudrait renoncer à introduire le luxembourgeois dans le cursus scolaire.

Nous pensons au contraire qu’on devrait organiser un enseignement explicite de cette langue, qui est tout de même la langue nationale du pays, à trois moments de la scolarité.

  1. Au niveau de l’école fondamentale en 4e et 3e année ; il s’agirait d’enseigner le système orthographique, de faire un peu de grammaire et de travailler ensuite sur l’expression par la lecture de textes adaptés et  par des rédactions;

  2. Au niveau du secondaire, en classe de septième d’abord ; il faudrait revoir le système orthographique, approfondir la grammaire et cultiver la lecture et l’expression; à ce stade, les élèves seront d’ailleurs demandeurs de ce cours puisque c’est l’âge où ils commencent à écrire beaucoup en luxembourgeois, notamment en se servant des médias électroniques comme le téléphone et l’ordinateur.
    Aux niveaux 1 et 2, il s’agira surtout de travailler l’expression, une compétence qui est souvent peu développée chez les élèves luxembourgophones gênés justement par le fait que dans le cadre de l’école ils sont constamment obligés de s’exprimer dans des langues étrangères;

  3. Une deuxième fois au niveau secondaire, mais dans le cycle supérieur, en classe de 3e ou de 2e. Cette fois-ci, il s’agira d’introduire les élèves à la réflexivité sur la société luxembourgeoise par un cours de civilisation axé sur la littérature, l’histoire et la connaissance du Luxembourg contemporain.

Plaidoyer pour « l’aurea mediocritas »

En matière d’enseignement du luxembourgeois, il faut éviter les deux écueils du tout et du rien :

  • l’alphabétisation en luxembourgeois dépasse les potentialités de la langue et provoquera à coup sûr son rejet;
  • l’éviction complète du luxembourgeois, comme on la trouve par exemple dans le Bildungsstandards Sprachen de Peter Kühn, fait fi de l’importance communicative et de la forte valeur symbolique du luxembourgeois;

  • Il faut au contraire opter pour la voie moyenne qui en l’occurrence consiste à introduire le luxembourgeois dans le cursus scolaire en fonction de son degré d’élaboration et surtout de sa valeur symbolique et de ses fonctions communicatives dans la société luxembourgeoise.

JR

On trouvera la version papier du billet, parue dans forum 297 VI 2010, 68-70, sur scribd: http://www.scribd.com/doc/33028122/L-alphabetisation-en-luxembourgeois

Une version pdf de l’article, avec une bibliographie complète, est téléchargeable sur le site de forum: http://www.forum.lu/pdf/artikel/6851_297_Reisdoerfer.pdf  

Bibliographie

Sitographie

 

La nouvelle est passée presque inaperçue, si ce n’est une remarque dans la publication mensuelle de l’ Actioun Lëtzebuergesch, Eng Klack fir eis Sprooch Nr. 157, Luxemburger Wort du 6 II 2010: A leschter Zäit hu mir an der Press gelies, datt fir déi nächst Joeren op eiser UniLU d’Mënz gezielt an iwwer d’Fachgebitter gerëselt ginn. Wa mir richteg matkruten … da kritt eis Sprooch eng op den Deckel; … d’Spezialitéit « Etudes luxembourgeoises » schéngt nach just e Klappstull ze behalen! A l’avenir les études luxembourgeoises devraient donc se contenter d’un strapontin …

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Université du Luxembourg, Campus du Limpertsberg [source]

Le 2e plan quadriennal de l’Université du Luxembourg (UdL) (2010-2013) est très clair sur le sujet:  les études luxembourgeoises, qui pourtant figuraient en bonne place dans le premier plan quadriennal (Plan 2006-2009, 6), ne font désormais plus partie des priorités de recherche, de transfert de connaissances et d’enseignements de l’Université; elles continueraient toutefois « à bénéficier, comme il se doit, d’un développement soutenu et régulier, qui transcende (le) Plan » (Plan 2010-2013, 8).

Ite, missa est, et la courbette, bien obligée et politiquement correcte, devant le luxembourgeois n’y changera rien: la philologie luxembourgeoise est reléguée au deuxième plan et les moyens pour l’enseignement et la recherche se réduiront peu à peu … telle une peau de chagrin.

 

Plusieurs facteurs pourraient expliquer la relégation d’une matière qui par essence devrait constituer le fleuron de la recherche et de l’enseignement de l’Université du Luxembourg.

Il y a d’abord les orientations générales que s’est données l’UdL. Elle se voit non comme une université de services, mais un établissement axé sur la recherche fondamentale et internationale et sur le transfert des connaissances notamment vers le monde économique (valorisation de la recherche) (Plan 2010-2013, 8 ). Il va de soi qu’une telle orientation condamne à la longue les études luxembourgeoises et les sciences humaines en général.

Reste que ces orientations posent problème et qu’elles relèvent de cette mégalomanie prétentieuse et d’une soumission à l’idéologie néolibérale qui caractérisent l’UdL et la politique culturelle et scientifique en général au Luxembourg. L’excellence scientifique reconnue à l’étranger ne se décrète pas, mais exige d’abord des moyens humains, des professeurs, des étudiants, un milieu intellectuel et culturel stimulant, des bibliothèques riches, modernes et informatisées, une saine émulation scientifique …  . Tout cela n’existe pas ou ne peut pas exister au Luxembourg et au lieu de courir après des chimères, fort coûteuses par ailleurs, ne vaudrait-il pas mieux se limiter au possible, aux sciences humaines entre autres – histoire, langues …  – un domaine où nous pouvons offrir un enseignement valable et ajouter, modestement, à la connaissance scientifique.

 

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Le pendule de Foucault UdL, campus du Limpertsberg [source]

Il faudrait également revoir les orientations du Laboratoire de linguistique et de littératures luxembourgeoises même. C’est sans un conteste un département dynamique dont les membres travaillent et publient dans les revues scientifiques et qui a mis sur pied un master en langues, cultures et médias – Lëtzebuerger Studien tout à fait appréciable.

Reste qu’on s’est peut-être trop investi dans l’informatisation d’anciennes recherches (projets DLSp et ici, LexicoLux, Luxogramm) qu’on a négligé de mettre sur pied un enseignement moderne et une recherche performante dans un domaine très porteur auprès du grand public, les littératures luxembourgeoises, et surtout qu’on a omis de définir un grand projet de recherches fondamentales, seul susceptible de dynamiser et de cadrer la recherche et l’enseignement et d’ouvrir ainsi une perspective à la philologie luxembourgeoise.

Les sujets pourtant ne manquent pas: un nouvel atlas linguistique du luxembourgeois, une grande grammaire scientifique du luxembourgeois, un grand dictionnaire scientifique de la langue luxembourgeoise, une histoire des langues et des littératures du Luxembourg … .

Vu les projets déjà réalisés par le département d’études luxembourgeoises, vu surtout l’importance de la thématique pour le grand-duché, nous estimons que cette relégation est inacceptable et qu’il faudrait tout mettre en oeuvre pour faire revenir les responsables de l’Université sur cette décision malencontreuse.

 

Désormais l’UdL consacrera donc ses efforts à des priorités, tout à fait honorables, comme les Sciences de la Vie, la Sécurité des systèmes d’Information ou l’Education et l’Apprentissage en contexte multilingue et pluriculturel… (Plan 2010-2013, 7). Mes domaines préférés toutefois sont sans conteste la Finance et le Droit européen et des affaires et plus précisément les travaux du valeureux Laboratoire de droit économique. N’est-il pas étonnant que les chercheurs de cette institution soient fiers d’avoir collaboré à la rédaction de la loi sur la titrisation, cette technique financière qui a joué un rôle majeur dans le déclenchement de la grave crise économique qui secoue actuellement l’économie mondiale?

 

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Source: Gérard Mathieu in Frémeaux Philippe, Gérard Mathieu, Petit Dictionnaire des mots de la crise, art. Titrisation, site Alternatives économiques.

Qu’on nous permette de douter que ces travaux-là apportent un jour la reconnaissance scientifique internationale tant recherchée par l’Université du Luxembourg.

JR

 

Biblio- et Sitographie :

Une version papier du billet a été publiée dans d’Lëtzebuerger Land 14, 9 IV 2010, p. 15.

 

 

 

 

 

– On ne peut peindre avec des couleurs plus fortes les horreurs de la société humaine, dont notre ignorance et notre faiblesse se promettent tant de consolations. On n’a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre bêtes; il prend envie de marcher à quatre pattes, quand on lit votre ouvrage. Lettre de Voltaire à Rousseau au sujet de son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes 1755.

– L’élitiste est plutôt celui qui renonce d’emblée à essayer d’élever tous les enfants, de toutes les classes sociales, à la connaissance de la culture authentique, remplaçant plutôt celle-ci par le même fast-food culturel qui meuble déjà largement le quotidien des enfants. Dans les faits, cela revient à réserver les trésors du savoir authentique aux seuls enfants issus des familles privilégiées. Qu’une telle conception des choses passe pour du progressisme, alors qu’elle en est l’exact opposé, est profondément choquant. Joseph Facal, Le faux progrès .

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Dans le n° 476 des Cahiers pédagogiques, novembre 2009, Philippe Perrenoud, professeur ordinaire de pédagogie à l’Université de Genève, chaire « Institutions scolaires et pratiques pédagogiques » a publié un article fort intéressant sur les problèmes que rencontre actuellement la mise en place d’un enseignement axé sur les compétences : « Du concept aux programmes : incohérence et précipitations » (pp. 15-17).

La page de couverture du n° 476.

 

Après une définition claire du concept de compétences (p.15), l’auteur met en évidence les obstacles qui freinent la mise en place d’une approche par compétences (APC). Il relève ainsi que dans le monde de l’école, à l’opposé de celui du travail, les ressources, c.-à-d. les connaissances et les habilités, sont données et doivent être versées, souvent difficilement, dans le moule des compétences; ensuite, les familles de situations de travail, qui caractérisent le monde du travail, n’existent évidemment pas dans le champ de l’école. Or la précipitation de la mise en place des nouveaux curricula, imposée par les politiques, n’a pas permis de lever ces obstacles et a conduit à une réforme bâclée et incohérente. (p. 16).

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Jean-Jacques Rousseau *1712 – †1778 : le Copernic de la pédagogie, (Martineau. S. in Gauthier/Tardif: 2005)

Afin d’éviter un échec de la réforme, il faut donc poser clairement les problèmes et essayer d’y trouver une réponse. Perrenoud énumère dix problèmes-clés qu’il faudrait résoudre (p. 17). Sans entrer dans les détails, relevons que l’auteur a bien saisi certains aspects problématiques de l’introduction du concept de compétences dans les cursus scolaires et qu’il propose des solutions tout à fait raisonnables. Ainsi à la question 2 « Toutes les finalités de l’éducation scolaire sont-elles censées se décliner en compétences ? », il suggère d’admettre d’autres objectifs comme des « valeurs, des postures, une identité, un développement intellectuel. » ; à la question 3 « Faut-il rattacher tous les savoirs disciplinaires à des compétences ? » l’auteur estime qu’on peut « enseigner certains d’entre eux comme des bases de connaissances ultérieures. »  (p. 17)

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Jean-Jacques Rousseau, Emile ou de l’Education 1672; les théories qui y sont développées seront reprises par la pédagogie nouvelle, un courant auquel se rattache l’APC. [source]

Nous avons toutefois été surtout intéressé par les questions 1 et 9 qui mettent en évidence une caractéristique essentielle de l’APC. Vu l’importance des positions prises, nous reproduirons ici les deux textes in extenso.

Question 1 : « Pourquoi et surtout pour qui veut-on infléchir le curriculum de l’éducation scolaire en faisant une large place aux compétences ? Si l’on ignore l’effet de mode, les raisons sont parfois bien minces en regard des transformations exigées. Et surtout, on ne dit pas clairement que cette réforme s’adresse en priorité à ceux qui ne feront pas d’études longues et ne sortiront pas de l’enseignement supérieur avec des diplômes, une identité, des connaissances, des compétences de haut niveau. Développer des compétences n’est un véritable progrès que pour les élèves qui ne dépassent pas le niveau du bac, voire du certificat d’études. » (p. 17)

Question 9 : « Sommes-nous prêts à donner la priorité, dans la construction des programmes à ceux qui ne suivent pas la voie royale des études longues ? Au besoin en retardant un peu la formation des futures élites ? » (p. 17)

Avec une franchise remarquable, qui tranche avec la langue de bois des politiques et l’hypocrisie de certains défenseurs de la réforme, Philippe Perrenoud avoue que l’introduction de l’approche par compétences amènera un nivellement vers le bas, c.-à-d., à nos yeux, une réduction importante de la transmission des connaissances [item ici] et une désintellectualisation de l’enseignement. Sur ce point, les remarques de l’auteur rejoignent les critiques généralement adressées à l’APC sauf que pour lui ce renoncement est acceptable et accepté et qu’il représente étrangement pour lui un progrès de l’école (p. 16).

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Lev Vygotsky *1896 – †1934; sa théorie du socioconstructivisme joue un rôle important dans l’APC. [source]

Ce qui est toutefois étonnant et inacceptable à nos yeux ce sont l’arrogance, le mépris et le cynisme impliqués par ces propos : voilà une pédagogie qui non seulement trie les élèves entre ceux de l’élite et ceux qui ne comprendront jamais rien – qu’en est-il du principe d’éducabilité si cher à Meirieu ! – mais qui surtout propose aux uns et aux autres un ersatz de savoir et de culture. Quiconque a une pratique de l’enseignement sait d’ailleurs qu’une telle démarche est condamnée d’avance.

Quoi qu’il en soit, des critiques, politiques, pédagogiques et savantes, se sont mises en place en Belgique et au Québec [ cf. item ici] surtout et ont mis en évidence les limites et les faiblesses d’une mode pédagogique qui pour nous s’apparente davantage à une idéologie voire une supercherie qu’à une démarche scientifique.  

Joseph Reisdoerfer

Biblio- et sitographie:   

Addenda:

  • L’une des évolutions actuelles les plus inquiétantes réside dans l’installation au poste de commandement d’une vision purement économique du problème, élaborée et développée à l’échelle internationale. Ce que résume l’écho donné aux résultats des enquêtes du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), pilotées par l’OCDE. Le ministère de l’éducation nationale ne fait plus que répercuter des conceptions très discutables du type de performances auxquelles doivent tendre les systèmes éducatifs.

Marcel Gauchet: « Contre l’idéologie de la compétence, l’éducation doit apprendre à penser », Débat: Comment réinventer l’école ? Le Monde, 3 IX 2011

  • Que peut bien signifier alors « l’élève a 60 % des compétences requises » ? La notion de compétence renvoie tantôt à des savoirs techniques reproductibles, tantôt à des capacités invérifiables dont personne ne cherche à savoir comment elles se forment. Ces référentiels atomisent la notion même de culture et font perdre de vue la formation à la capacité de penser.

Philippe Meirieu: « Contre l’idéologie de la compétence, l’éducation doit apprendre à penser », Débat: Comment réinventer l’école ? Le Monde, 3 IX 2011

Le développement formidable de l’informatique et de l’internet a ouvert de nouvelles perspectives à la géographie linguistique: les TIC sont en train de rendre accessibles au grand public les résultats de la recherche géolinguistique présentés d’une manière avenante et claire.

Parmi les projets lancés sur internet, on peut distinguer deux grandes tendances:

  1. L’archivage: les cartes des atlas linguistiques publiés au format papier sont numérisées et mises à disposition sur internet; il s’agit en général d’ouvrages anciens, libres de droits qui sont ainsi présentés à un large public. L’atlas linguistique de la Basse Bretagne de Pierre Le Roux [ici], l’Atlas linguistique des Vosges méridionales d’Oscar Bloch [ici], les projets soeurs DIWA (Digitaler Wenker-Atlas et ici) en Allemagne et Digitaler Luxemburgischer Sprachatlas (DLSp) au Luxembourg font partie de cette catégorie.

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    Georg Wenker, l’initiateur du Sprachatlas des Deutschen Reiches [source]

    Ces publications ont certainement amélioré la conservation et l’accessibilité des atlas linguistiques. Malheureusement, elles se caractérisent souvent par leur manque d’interactivité et d’interconnexions; les projets DIWA er DLSp sont par ailleurs extrêmement lourds et présentent des données anciennes parfois peu fiables. Cette critique s’applique surtout au projet luxembourgeois dont l’interconnexion avec les données Wenker n’est déjà plus opérationnelle et qui a surtout le grand désavantage de présenter des données géolinguistiques sujettes à caution. Il serait utile de compléter ce projet par la numérisation de l’Atlas linguistique et ethnographique de la Lorraine germanophone qui non seulement présente des données récentes et fiables, mais fournit également des éléments de commentaire.

  2. La rédaction électronique: dans une démarche de rédaction électronique, des données géolinguistiques sont utilisées pour créer un site géolinguistique original. On ne se borne plus à reproduire au format électronique un atlas linguistique publié originellement au format papier, mais on produit un atlas linguistique électronique. Dans cette catégorie d’atlas, on peut ranger les publications suivantes:

    1. LexiQué : Laboratoire de lexicologie et lexicographie québécoises: Projets SPFC (La Société du parler français au Canada) et VGFC (Variation géographique du français au Canada);
    2. Atlas linguistique parlant d’une région alpine: Entre francoprovençal et occitan. Isabelle Marquet – Centre de dialectologie, Grenoble Université Stendhal (1995);
    3. L’Atlas linguistique multimédia de la région Rhône-Alpes (ALMURA) réalisé par une équipe du Centre de Dialectologie de Grenoble dirigée par le professeur Jeanine-Elisa Médélice; cet atlas fait suite au nr. 2;
    4. L’Atlas linguistique du ladin des Dolomites et des dialectes limitrophes-1 (ALD-I) réalisé par une équipe de l’Université de Salzbourg dirigée par le professeur Hans Goebl. (2005);
    5. THESOC : Thesaurus occitan réalisé par une équipe dirigée par le professeur J. Philippe Dalbéra (Université de Nice); (cf. également ici);
    6. Vivaldi: Vivaio Acustico delle Lingue e dei Dialetti d’Italia réalisé par une équipe de l’Université Humboldt de Berlin dirigée par le professeur Dieter Kattenbusch.(1998-2008);
    7. Sprechender Sprachatlas von Bayern réalisé par une équipe de l’Université d’Augsburg dirigée par le professeur Werner König; (2006-2008).

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Carte de base de l’ALMURA [source]

En général, ces atlas disposent d’un module phonétique qui sur interrogation de l’internaute reproduit la prononciation d’un item donné. Cela nous paraît particulièrement réussi pour les projets ALD-I et Vivaldi qui complètent la reproduction de l’enregistrement du témoin par la transcription phonétique de l’item.

Il faut évidemment continuer sur cette lancée en ajoutant d’autres modules. L’équipe de Salzbourg expérimente dans le domaine de la dialectométrie et ses réalisations sont sans conteste remarquables. La tradition ethnographique et l’école Wörter und Sachen constituant un des fondements de la géographie linguistiquecf. le célèbre Sprach- und Sachatlas Italiens und der Südschweiz (AIS, 1928-1940) de Karl Jaberg et Jakob Jud -, il serait indiqué d’ajouter un module ethnographique fournissant des informations – descriptions, dessins, photos, films – sur les objets dont les désignations sont cartographiées dans l’atlas; il serait également utile de disposer d’un module linguistique, donnant des informations sur l’étymologie et l’histoire des mots. Il semble que l’Atlas linguistique audiovisuel du Valais romand préparé à l’Université de Neuchâtel sous la direction d’Andres Kristol aille dans cette direction. Les occitanistes travaillant dans le cadre du THESOC enfin ont opté pour le concept d’une base de données multmédias constituée de différents fichiers interreliés: liste de mots, cartes, enregistrements, étymologies … .

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[source: Le Dû 2005: 127 ; cartographie, Guylaine Brun-Trigaud]

La géolinguistique interprétative: d’après Le Dû, 2005: 127 , les deux extrémités du domaine gallo-roman conservent une forme archaïque du mot degré « escalier » qui est réservé aujourd’hui à la langue littéraire en français standard. Le type degré, qui appartiendrait à une ancienne aire lyonnaise, aurait été repoussé à la périphérie par le type escalier.

 

A côté de ce grand chantier d’avenir, il ne faudrait pourtant pas oublier qu’un autre grand chantier de la géographie linguistique est toujours en souffrance: l’exploitation des données des atlas linguistiques. Il s’agirait en fait de promouvoir une géolinguistique interprétative sans laquelle « les atlas … resteront … un amas de matière brute, précieuse certes, mais difficile à utiliser. » (Straka 1986: 620 ). La récente étude de Jean Le Dû, Guylaine Brun-Trigaud et Yves Le Berre, Lectures de l’Atlas linguistique de la France de Gilliéron et Edmont : du temps dans l’espace, Paris 2005 a montré à la fois l’intérêt et la nécessité d’une telle approche.

Peut-être serait-il même possible de mener de front, au moins partiellement, ces deux grands projets de la géographie linguistique moderne.

Fecit Joseph Reisdoerfer A.D. 2009

1. Bibliographie

2. Sitographie

 

Dans un billet récent, La Flûte Enchantée, nous avions présenté une analyse critique du colloque “Das Deutsche im Kontext der Luxemburger Mehrsprachigkeit” organisé à l’Université du Luxembourg. Dans ce billet, nous voudrions revenir à ce colloque en étudiant des thèses avancées par Heinz Sieburg [HS] dans son exposé introducteur au colloque sur l’allemand au Luxembourg.

Notre réflexion porte sur des extraits du discours et donne de ce fait une image partielle et donc partiale de la pensée de l’auteur. Celui qui se donnera la peine de lire l’entièreté du discours, verra que l’auteur, heureusement, ne continuera pas dans la même veine et dira des choses tout à fait sensées sur les rapports entre l’allemand et le luxembourgeois.

Au début de son exposé, HS affirme d’abord que le Luxembourg et plus précisément l’abbaye d’Echternach où des scribes commentaient des textes latins par des gloses en ancien haut-allemand [item ici et ici], ne seraient rien de moins que le berceau de l’allemand: Und gerade für die frühesten Anfänge der deutschen Schriftsprache, der Glossenliteratur, steht Luxemburg und steht namentlich das Kloster Echternach. Die literaturgeschichtliche und sprachhistorische Bedeutung der Echternacher Glossen kann dabei gar nicht hoch genug veranschlagt werden, da in ihnen „der Anfang der ahd. Glossographie und der ahd. Überlieferung überhaupt gegeben ist“ …  Mit anderen Worten: Die Wiege der deutschen Sprache steht in Luxemburg.

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L’aile est de l’abbaye d’Echternach [source]

Même si les gloses d’Echternach, par leur âge même, constituent des documents linguistiques importants, elles sont loin d’être les seuls documents à nous renseigner sur l’ancien haut-allemand; d’autre part, elles  documentent d’abord un seul dialecte de l’ancien haut-allemand, le francique moyen du haut moyen-âge. C’est donc aller un peu vite en besogne que de faire du Luxembourg die Wiege der deutschen Sprache.

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L’Abrogans Cod. Sangall 911; le plus ancien livre en haut-allemand (VIIIe s.) [source]

HS continue son survol de la diachronie du haut-allemand en affirmant que le haut-allemand moderne et le luxembourgeois seraient des langues soeurs: Die neuhochdeutsche Sprache hat Luxemburg also viel zu verdanken. Sie wäre wohl nicht das, was sie ist, ohne den Luxemburger Beitrag. Kommt hinzu, dass das heutige Luxemburgische und das Neuhochdeutsche als Nationalsprachen Schwestersprachen sind, da sie genealogisch dieselbe Herkunft haben.

La métaphore sororale est complètement inappropriée pour décrire les liens complexes entre les deux langues. En effet, le luxembourgeois d’un côté, l’allemand de l’autre ne sont pas issus d’une même matrice: le haut-allemand moderne, dans sa forme écrite, commencera lentement à se former à partir du XIVe siècle par un processus extrêmement complexe d’équilibrage entre les différents dialectes du sud, équilibrage influencé par ailleurs par l’immense succès de la traduction allemande de la Bible par Martin Luther; le Luxembourg restera en retrait de ce mouvement, entre autres parce qu’il a déjà une longue tradition écrite romane [item ici] et que son système scolaire – l’enseignement jésuite – est largement francophone; l’indépendance politique acquise au XIXe siècle renforcera davantage encore la distance entre le haut-allemand moderne et même le francique mosellan parlé en dehors des frontières du grand-duché: Das politische Sondergeschick aber hat Luxemburg fast vollständig vor dieser Auflösung (durch die Rheinstraße) bewahrt. Die lx. Sprachgeschichte verläuft somit in entscheidenden Punkten außerhalb der rheinischen. (Bruch, 1954 : 143)

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La traduction complète de la Bible par Martin Luther publiée en 1534 [source]

L’histoire du luxembourgeois semble donc avoir commencé au XIVe siècle:  alors que les dialectes de l’Allemagne du sud se lancent dans une immense aventure linguistico-culturelle qui conduira à l’émergence du haut-allemand moderne, le Luxembourg, situé aux marges de l’Empire germanique et en contact avec le monde roman ne participera pas à ce dynamisme et en restera au francique mosellan; au Luxembourg, une dynamique linguistique reprendra au XIXe siècle qui fera du luxembourgeois une langue à part entière dans la deuxième moitié du XXe siècle, langue d’ailleurs qui se définira d’abord par opposition au haut-allemand moderne.

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Extrait du Codex Mariendalensis BnL ms. 860 qui contient la Vie de Yolande de Vianden rédigée entre 1320 et 1330 par Hermann de Veldenz dans une scripta en moyen-francique [source].

Le Codex Mariendalensis est un document essentiel de l’histoire linguistique du francique mosellan et du luxembourgeois.

Dans ces passages, les propos de HS ne relèvent plus du discours raisonné et scientifique, mais prennent une coloration nettement idéologique: il s’agit de regagner du terrain perdu et de consolider la place de l’allemand dans la société luxembourgeoise en ramenant le luxembourgeois dans le giron du haut-allemand moderne. L’auteur s’est manifestement égaré dans les dédales d’une mythologie linguistique opposée d’ailleurs à une autre vision élaborée dans l’immédiate après-guerre par le grand linguiste Robert Bruch qui cherchait à inscrire le luxembourgeois dans une romanité imaginaire (Bruch, 1954 : 133-134).

Les aléas de l’actualité politique font que ces propos tombent particulièrement mal puisqu’ils coïncident avec un discours politique agressif qui tend à nier l’indépendance économique, politique et  culturelle du Luxembourg: en parlant du grand-duché, des politiciens allemands ne reculent plus devant des comparaisons teintées de mépris et de racisme ou veulent même donner la troupe contre leur minuscule voisin. Les politiques luxembourgeois recourent à l’argument massue de la reductio ad hitlerum … . Au lieu de combattre les fantômes du passé, ne vaudrait-il pas mieux s’en prendre aux arguments mêmes qui souvent ne résistent pas à une analyse critique.

Fecit Joseph Reisdoerfer A. D. 2009

Notre billet sur le colloque “Das Deutsche im Kontext der Luxemburger Mehrsprachigkeit”: La Flûte Enchantée: Remarques critiques sur le colloque “Das Deutsche im Kontext der Luxemburger Mehrsprachigkeit”.

Biblio- et sitographie:

Livres & Articles:

  • Besch, Werner et al. . 1998, 2000, 2003, 2004. Sprachgeschichte: ein Handbuch zur Geschichte der deutschen Sprache und ihrer Erforschung. 4 vol. [1], [2], [3], [4] Berlin: W. de Gruyter.
  • Bruch, Robert. 1953. Grundlegung einer Geschichte des Luxemburgischen. Luxembourg: P. Linden.
  • Bruch, Robert. 1954. Das Luxemburgische im Westfränkischen Kreis. Luxembourg: P. Linden.
  • Eggers, Hans. 1986. Deutsche Sprachgeschichte. Band 1, Das Althochdeutsche und das Mittelhochdeutsche. Band 2 , Das Frühneuhochdeutsche und das Neuhochdeutsche. Rowohlts Enzyklopädie, 425, 426. Reinbek bei Hamburg: Rowohlt.
  • Glaser Elvira, Claudine Moulin-Fankhänel 1999. « Die althochdeutsche Überlieferung in Echternacher Handschriften ». Die Abtei Echternach 698-1998. Herausgegeben von Michele Camillo Ferrari, Jean Schroeder und Henri Traufler in Zusammenarbeit mit Jean Krier. CLUDEM, Luxembourg, 103-122, 103-109.

  • Polenz, Peter von 2000. 1994. 1999Deutsche Sprachgeschichte vom Spätmittelalter bis zur Gegenwart. Band 1. Einführung, Grundbegriffe, 14. bis 16. Jahrhundert. 2., überarb. und erg. Aufl. . Band. 2 . 17. und 18. Jahrhundert. Band 3 . 19. und 20. Jahrhundert. Berlin: De Gruyter.

  • Schroeder, Jean 1979. « Echternach: an der Wiege der deutschen Sprache. Vom Maihinger Evangeliar und seiner kulturgeschichtlichen Bedeutung. Hémecht 31. Jhg, 1979, 3: 391-399.
  • Sieburg, Heinz 2008. Einführungsvortrag zur Fachtagung „Das Deutsche im Kontext der Luxemburger Mehrsprachigkeit. Bestandsaufnahme und Ausblick“. Luxembourg 6-7 XI 2008.

Liens:

Luxemburgum Romanum

Le titre de notre billet joue sur le double sens de l’adjectif romanus: « relatif à Rome, romain d’un côté, relatif à la romanité, roman » de l’autre. La romanité du Luxembourg est effectivement double: nous nous trouvons d’abord sur un vieux territoire romain, le Luxemburgum Romanum étudié scientifiquement dès le XVIIe siècle par le père Alexandre Wiltheim SJ ,  et sur une vieille terre partiellement romane et romanophone. En effet, il ne faut jamais oublier que jusqu’en 1839, date de la dernière partition du grand-duché, le pays était subdivisé en quartier wallon – grosso modo, l’actuel province de Luxembourg en Belgique – et quartier allemand – grosso modo, le grand-duché de Luxembourg actuel – et que les liens économiques, culturels, linguistiques … entre ces deux quartiers étaient multiples.

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La célèbre mosaïque de Vichten exposée au Musée National d’Histoire et d’Art [source]

C’est un aspect du Luxembourg roman qui se trouve au centre de ce billet dans lequel nous tenterons de présenter un aperçu bibliographique sur les atlas linguistiques, les glossaires et dictionnaires et les études qui permettent de mieux cerner les liens séculaires entre la romanité et l’actuel grand-duché de Luxembourg.

Nous avons été amené à nous intéresser à cette question en consultant le portail, fort embrouillé, du Laboratoire de linguistique et de littératures luxembourgeoises consacré au lexique luxembourgeois – Projet Lexicolux – qui inscrit le luxembourgeois dans une grande région présentée comme essentiellement germanophone. Après un premier billet consacré au sujet, les responsables avaient tenté de rectifier le tir ajoutant, à la hâte, quelques liens vers des dictionnaires romans. Certains choix toutefois sont très malheureux, comme ce lien vers un glossaire picard, le dictionnaire du wallon de Mons de Joseph-Désiré Sigard (1866) (sur ces parlers, cf. ici)  qui, bien que portant sur un parler sans liens directs ni avec le luxembourgeois ni avec les langues et dialectes de la grande région, semble surtout avoir été choisi parce qu’il présentait l’avantage d’être directement accessible sur google-books.

Nous avons donc tenté de recenser ici les dictionnaires, glossaires et études de patois romans susceptibles d’aider le chercheur en philologie luxembourgeoise s’intéressant à la romanité du grand-duché.

Lorraine romanophone / Gaume: 

Atlas linguistiques:

Glossaires et Dictionnaires:

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Chassepierre, le village et la Semois / Tchèspîre, li viyadje èt l’ Simwès (Gaume) [cliché Jean-Pol Grandmont]

Wallonie :

Atlas linguistiques:

  • Haust, Jean, Louis Remacle, Élisée Legros, Marie-Thérèse Counot, Jean Lechanteur, et Marie-Guy Boutier. 1953-. Atlas linguistique de la Wallonie : tableau géographique des parlers de la Belgique romane d’après l’enquête de Jean Haust. Liège: Vaillant-Carmanne; pour le détail des volumes, cf. ici ;
  • 1990-. Petit atlas linguistique de la Wallonie. pour le détail des volumes, cf. ici

Dictionnaire:

Îlots romans du grand-duché de Luxembourg: 

Glossaires:

Etudes:

 

Il est évident que, si on voulait présenter un véritable portail lexicographique de la grande région, il faudrait considérablement élargir la liste présentée ici, soumettre les dictionnaires et glossaires aux mêmes traitements informatiques que les ouvrages portant sur les parlers germaniques et finalement interconnecter dictionnaires romans et germaniques.

Fecit Joseph Reisdoerfer A. D. 2009

Un lien vers un sujet connexe: La place du français dans la société luxembourgeoise, un billet sur notre blog POIKILIA.